Création littéraire et récit « augmenté » sur mobiles et réseaux sociaux : BarCamp avec Alexandre Jardin
L’écrivain, l’iPad et Facebook….. Le barcamp de ce 4 janvier 2011 à La Cantine avait pour objet la façon dont l’écrivain peut utiliser le numérique pour :
- aller vers le lecteur via les médias numériques (smartphones, réseaux sociaux),
- enrichir son travail de conteur et de créateur de personnages et de fiction.
Rien à voir donc avec ce qu’Internet a déjà changé dans le travail (et la vie) des écrivains (blogs, documentation en ligne, etc.) mais ce qu’il pourrait apporter dans les années qui viennent. Pour l’écrivain Alexandre Jardin :
Un site ne sert plus à grand chose, c’est en train de mourir, c’est le vieux web, cela n’existe plus, le cadavre bouge encore. Tout ce qu’on va reconfigurer, sera reconfiguré vers les réseaux sociaux.
Nous étions une soixantaine à  participer à trois tables rondes : narration et temps réel, convergence des supports, participation et valorisation – précédés du :
Retour d’expérience sur Fanfan2.fr avec Orange et Alexandre Jardin
Fanfan2, est un projet transmedia (sur applications iPhone et iPad, Facebook, Twitter, site fanfan2.fr) et une expérience de nouveaux types de lecture conduit par Orange et Alexandre Jardin, écrivain et auteur entre autres de Fanfan, Le Zèbre, Quinze ans après. C’est ce dernier livre qui est à l’origine du projet Fanfan2.fr. Après deux mois d’expérimentation, Stéphane Adamiak, Division contenus d’Orange, et Alexandre Jardin, ont donné leurs premiers retours :
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Alexandre Jardin : Je me posais ces questions : Est-ce que cela a un sens de vivre une histoire en temps réel ? Est-ce qu’on peut faire ça sur plusieurs écrans? Comment le lecteur participer, échanger avec l’histoire? On a très vite compris avec l’équipe d’Orange que le coeur de l’expérience était sur Facebook. J’étais curieux de voir s’il était possible de faire vivre des personnages, de faire fonctionner une histoire avec plein de portes d’entrées sur les réseaux sociaux, les sites web, les télépéhone. Est-ce que le personnage central allait profiter des cerveaux des autres autour de la thématique du quotidien amoureux (le thème de Fanfan et de Quinze ans après) ? Je me demandais aussi s’il était possible de transférer sur un téléphone portable le rythme d’un personnage. On a découvert que ça ne marche pas. Si l’on devait refaire, on aurait des univers totalement différents sur iPhone, iPad, réseaux sociaux, etc. On n’avait pas imaginé à quel point cela ne convergerait pas. Quand bien même les infos sont différentes ou complémentaires. Ce premier pari du transmedia ne fonctionne pas.
Stéphane Adamiak, Orange : Il est très difficile de passer à travers les membranes des médias. Les gens cherchent l’interaction, ils vont donc sur Facebook davantage que sur l’application iPhone.
A.J. : Il est bien clair que Fanfan2 est une fiction et pourtant Alexandre2 est pris à parti comme s’il était un personnage réel, il n’y a pas de différence, ça, ça nous a beaucoup étonné. C’est un peu comme aux débuts du cinéma, quand les gens se levaient dans la salle de projection pour apostropher les personnages sur l’écran. Dans Fanafan2, ce personnage de fiction était interpellé.
S.H. : Cette proximité avec le personnage est arrivée presque immédiatement.
A.J. : Nous ne sommes pas parvenu à développer l’expérience sur le téléphone mobile alors que c’était le coeur de l’expérience. Je pense qu’on ne peut pas développer une fiction sur mobile qui ne soit pas liée aux réseaux sociaux. Ils (les gens) veulent participer !
S.H. : les lectrices ont tendance à conserver des plages pour s’investir, finalement les gens ne sont pas habitués aux flux (naif !)… au final il rest assez difficile de donner une cohérence, une bonne lecture, cela repose donc la question des outils, cela ne peut pas être une application sur FB.
Table ronde « Participation et valorisation »
Animée par Nicolas Marronnier du Social Media Club, co-organisateur de ce barcamp.
Y a-t-il un danger de confusion entre personnages et personnes réelles ?
Témoignages de participants de l’atelier :
— Quand on like sur la fiction, ça revient sur son profil, ce qui a des répercussions sur sa vie personnelle où on se protège.
— C’est compliqué de dire ce que l’on veut dire.
— Il faudrait que ce soit fermé, voire prendre une autre identité Facebook pour participer à la lecture.
Quels ressorts d’engagement et de participation ?
— C’est vraiment intéressant que le personnage réponde à des questions, ça lui donne une existence.
— Il serait intéressant de savoir combien de participants sont devenus amis via cette fiction.
— Pourquoi ce ne serait pas qq chose comme viedemerde.com ?… Je me suis posée la question pourquoi ce n’était pas fait… davantage valoriser les contributions.
— On a l’impression d’interagir avec de la fiction, on bénéficie du style, de la patte de l’auteur.
Table ronde « Narration et temps réel »
Animée par Damien Cahen du Social Media Club, co-organisateur de ce barcamp.
Grosse discussion initiale sur ce que l’on entend par « temps réel ». Conclusion : c’est un temps particulier, c’est davantage de la chronique, de la séquence, comme dans les romans feuilletons. En fait, il n’y a rien de nouveau dans la façon de raconter une histoire, il y a un support qui impose à l’auteur une façon de raconter une histoire.
Autre discussion sur l’impact qu’a le fait que l’internaute rentre dans l’histoire à n’importe quel moment. Témoignages et réflexion :
— Quand on rencontre quelqu’un dans la vraie vie, on ne remonte pas dans son passé. Là , c’est pareil.
— Chaque lecteur aura eu un récit différent.
— C’est plus un livre, c’est un tramway, on monte et on descend quand on veut.
— Les gens peuvent rentrer dans un univers, progressivement, sans qu’il y aie la nécesisté d’une discursivité du roman classique.
Comment engager les lecteurs dans l’histoire ?
—Il faut que l’histoire soit très bonne, qu’un univers soit puissant, comme Madame Bovary ou Harry Potter.
Conclusion de la table ronde : On est au coeur du travail classique du conteur, le transmedia permet lui aussi de conter.
Conclusion d’Alexandre Jardin
A propos de la suite de Fanfan2.fr, Alexandre Jardin rebondit sur les échanges des tables rondes pour dire que :
On va prendre des options plus radicales pour raconter des histoires, notamment écrire différemment pour chaque support numérique.
Une interview de Tatiana de Rosnay
Pour prolonger ce barcamp, voir l’interview dans Actualitté de Tatiana de Rosnay, qui a son application iPhone et est « accrochée » à Twitter.

2 Comments
Merci pour cet article. Excellente synthèse.
J’ai retenu la citation d’Alexandre Jardin sur les résultats de cette expérience : « Je suis à présent plus patriote du papier, et plus passionné par le potentiel du numérique ».
Merci Gilles pour ce compte-rendu ; je n’ai pas encore eu une minute à moi pour faire de même sur mon blog :-/
Je retiens de cette soirée le fait que l’écrit est au seuil d’une nouvelle, grande, aventure. Mais comme toute aventure, les choses ne sont pas données, on se tâte… ce qui intellectuellement nous déstabilise car nous nous réveillons lentement des vapeurs de « l’ancien monde » !